• Le pardon et l'oubli

     

    Le pardon et l'oubli

     

    Le pardon et l'oubli

     

    Dans la prière que le Seigneur nous a enseignée - et que nous prions si peu souvent en assemblée - la seule requête qui vise directement nos relations avec autrui est liée à la question du pardon : «Quand vous priez dites : Père... pardonne-nous nos péchés, car nous pardonnons nous-mêmes à ceux qui ont des torts envers nous» (Lévitique 11.2, 4).

     

    Sans se confondre avec lui, «le chemin vers Dieu passe par le prochain», semble indiquer le Christ. Pour la disciple du Seigneur, pardonner n'est pas facultatif : c'est la condition du pardon divin («  si... », Matthieu 6.14-15), c'est sa mesure même («de la même manière que, comme... », Matthieu 6.12), c'est l'engagement que prend nécessairement celui qui réclame la grâce du Seigneur («car... », Luc 11.4).

     

    Mais encore faut-il comprendre ce que pardonner veut dire. Serait-ce oublier, car comme l'annonce le prophète, lorsque le Seigneur pardonne, il oublie notre iniquité : «Je pardonnerai leur faute et je ne me souviendrai plus de leur péché» (Jérémie 31.34 ? Mais comment faut-il entendre un tel oubli ?

     

    La colère ou l'oubli ?

    De même que le péché attriste Dieu et son Esprit (Psaume 8.40 ; Esaïe 63.10 ; Ephésiens 4.30), l'offense nous inflige une blessure. Anne a pleuré face aux moqueries de sa rivale Peninna (1 Samuel 1.7), Jésus a été peiné d'avoir été rejeté par Jérusalem (Matthieu 23.37-39) et si le regard qu'il a porté sur son ami Pierre qui le trahissait était avant tout celui de l'amour, il a aussi dû lui parler de la tristesse d'un homme qui se sentait abandonné (Lévitique 22.61).


    Blessés par l'offense, nous nous livrons souvent à l'amertume et à la colère. Telle a été la réaction des frères de Joseph qui, face à sa pratique de la dénonciation et aux attitudes de favoritisme de leur père Jacob (Genèse 37.2), «prirent Joseph en haine : ils ne pouvaient plus lui parler aimablement» (v. 4). Puis lorsque Joseph se mit à raconter ses rêves dans lesquels ses frères se prosternaient devant lui, leur haine passive devint agressive : «Ils le détestèrent de plus belle à cause de ses songes et de ses propos» (v. 8), et l'on sait ce qu'il advint ! 


    La question qui se pose est la suivante : la réaction de colère face à l'offense est-elle toujours un mal dû à notre nature pécheresse ? N'est-elle pas aussi une réaction légitime face au péché ? L'Ecriture souligne, en effet, que le croyant n'est pas appelé à rester indifférent face au mal. Les psaumes d'imprécation de l'Ancien Testament le soulignent avec force ; dans l'Apocalypse, les âmes des croyants égorgés réclament justice (Apocalypse 6.9-11) ; Jésus a su se mettre en colère quand il le fallait ; l'apôtre Paul reconnaît qu'il y a une place pour la colère dans la vie du chrétien (Éphésiens 4.26) et, surtout, l’Écriture mentionne à plusieurs reprises la «colère» et la «haine» de Dieu contre le péché et ceux qui le commettent.

     

    Nous n'assistons jamais aux offenses qui nous sont faites comme de simples spectateurs. Elles déclenchent en nous un processus d'évaluation du mal dont nous sommes la victime. La colère en est l'aboutissement «normal» (car conforme à la norme divine) : elle est le signe d'une bonne santé spirituelle. Ne pas réagir ainsi, voilà ce qui serait «anormal» !

     

    Certains, submergés par les sentiments de colère qu'ils ressentent, les refoulent, écrasés par la culpabilité que ces sentiments troubles suscitent en eux, et tombent parfois dans la dépression. Or, les psychiatres savent que l'un des premiers signes du rétablissement est la colère. L'offensé se «retrouve» et retrouve ses marques ; il parvient enfin à s'exclamer au sujet de ce qu'on lui a fait : «Ce n'est pas juste !». LE PARDON N'A RIEN DU REFOULEMENT AMNESIQUE DE L'OFFENSE.

     

    Pardonner : «oublier» l'amertume

    Le pardon serait-il alors l'oubli volontaire de la colère que suscite l'offense ? Car au «Mettez-vous en colère» d'Ephésiens 4.26, l'apôtre ajoute : «Ne péchez pas : que le soleil ne se couche pas sur votre irritation». Le danger pour le croyant est de s'enfermer dans sa colère contrairement à Dieu qui est «lent à la colère» (Exode  34.6). Juste réaction face au mal, notre colère dégénère trop souvent en volonté de destruction alors que Dieu tempère la sienne par son désir de sauver (Ezékiel 18.23 ; 1 Timothée 2.4).

     

    C'est pourquoi, pour nombre de chrétiens, le pardon serait une auto-thérapeutique de la colère, un traitement de la blessure de l'offense qu'il s'agirait de toujours entreprendre, quelle que soit l'attitude de l'offenseur : «Pardonner comme Jésus, écrit Hatzakortzian, c'est accorder votre pardon avant que votre offenseur vous demande pardon ou réalise même le besoin d'être pardonné.»

     

    L'Ecriture, en effet, nous invite à ne pas répondre à l'offense par l'offense, à abandonner notre ressentiment et à nous décharger sur le Seigneur de nos griefs contre autrui : « Ne vous vengez pas vous-mêmes, mais laissez agir la colère de Dieu » (Romains 12.19). Il nous faut apprendre à aimer notre offenseur malgré son offense : «Si celui qui te veut du mal a faim, donne-lui à manger. S'il a soif, donne-lui à boire » (Romains 12.20). Cependant, cette remise des griefs au Seigneur, qui est la clé de la libération de l'amertume, n'est pas ce que l'Ecriture appelle le pardon mais uniquement son nécessaire préalable.

    CAR PARDONNER, CE N'EST PAS EFFACER LA BLESSURE DE L'OFFENSE, MAIS SA DETTE.

     

    Pardonner : «oublier» l'offense

    Selon l'Ecriture, en effet, l'offense n'est pas seulement une blessure à laquelle répond la colère de l'offensé mais aussi une «dette» qui se loge entre l'offenseur et l'offensé car toute offense est avant tout un péché qui demeure devant Dieu : «Si ton frère a péché contre toi...» (Matthieu 18.15). Or, c'est cette dette que le pardon biblique vise à «remettre».

    Le pardon biblique n'est pas une thérapeutique que l'on s'applique à soi-même, dans le secret de sa chambre et de son cœur, mais une réalité que l'offensé octroie à son offenseur : il est toujours un événement qui a lieu entre eux. Tel est précisément ce qu'est le pardon de Dieu car c'est aujourd'hui que Dieu nous pardonne lorsque nous nous tournons vers lui pour lui avouer nos fautes et croire en sa grâce.

    Deux enseignements scripturaires découlent d'une telle compréhension du pardon.

    Premièrement, le croyant qui a su remettre ses griefs au Seigneur et renoncer à son amertume est invité à aller vers son offenseur pour lui offrir son pardon : «Va ! (Matthieu 18.15). Il s'agit de te «gagner» car c'est l'offensé qui, à cause de la «dette», est le grand perdant !

    Deuxièmement, la remise de la dette de son offense passe par sa repentance car elle seule autorise l'offensé à pardonner : «Si ton frère a péché, reprends-le, et s'il se repent, pardonne-lui». Car ne plus se souvenir du péché, à l'exemple de Dieu (Jérémie 31.34}, CE N'EST PAS L'EXCUSER MAIS NE PLUS EN TENIR COMPTE UNE FOIS QU'IL A ÉTÉ CONFESSÉ Jacques BUCHOLD

     

    « Ton nom est un parfum répandu L'AMOUR : UN FEU »
    Partager via Gmail Delicious Technorati Yahoo! Google Bookmarks Blogmarks Pin It

  • Commentaires

    Aucun commentaire pour le moment

    Suivre le flux RSS des commentaires


    Ajouter un commentaire

    Nom / Pseudo :

    E-mail (facultatif) :

    Site Web (facultatif) :

    Commentaire :