• ♥ Vieillir avec classe ♥

     

     

     

    Vieillir avec classe

     

    … David était bien assis sur le trône. Ses richesses s'accumulaient. Sa puissance augmentait. Son empire s'étendait. Une autre bataille éclata sur le front des Philistins, et le vieux guerrier saisit son épée et, comme d'habitude, fonça vers l'action. Mais à ce moment-là, David avait déjà plus de soixante ans. Il n'avait plus beaucoup de forces. L'ancienne vigueur lui manquait, et les superbes réflexes lui faisaient défaut.
    Remarquant l'état d'épuisement de David, un cousin opportuniste de Goliath profita de la situation. Le Philistin aurait tué David si Abichaï n'était venu au secours du vieil homme…
    Comment cela se peut-il ? Où est David le guerrier ? Est-ce bien David, le fils d'!saï, qui a vaincu Goliath ? Est-ce l'homme qui a rapporté deux cents prépuces de Philistins dans un sac et qui les a déposés sur le bureau de Saül, double dot pour la fille du roi, tandis que les femmes chantaient: «Saül a frappé ses mille, et David ses dix mille» (1 Samuel 18. 7) ?
    Dans la fleur de l'âge, David n'avait pas été un guerrier ordinaire. Il avait terrorisé tout le pays. Autour de lui, il y avait six cents hommes de troupes chevronnés, dirigés par trente vaillants hommes, chacun possédant la force de cent hommes. Tous avaient craint David. David est-il fatigué ? Ce guerrier a-t-il besoin d'aide dans une lutte contre un seul Philistin ordinaire ?


    Je sens un silence étrange s'installer. Tandis que les officiers de David l'encerclent lentement, rassemblant tout leur courage en vue d'une confrontation qui se fait attendre depuis longtemps, qui parle en premier ? Abichaï ? Joab ?
    «Mon seigneur, mon roi. Nous sommes tous vos amis, alors laissons tomber les formalités. David, le temps est venu pour toi de raccrocher ton épée. Rentre à la maison. Ferme le livre. Ce chapitre de ta vie est terminé. Nous te le jurons tous, David; tu dois rentrer à la maison. Maintenant. Pour ton propre bien. Et pour le bien d'Israël.»
    Ses officiers évitèrent d'abord de regarder David en face, puis ils levèrent les yeux vers lui. Ces hommes l'aimaient, mais leurs regards fixes l'intimidèrent pour la première fois de sa vie…
    «… Rentrer à la maison ? Ah! oui. Je suppose. Tôt ou tard. Maintenant ?»
    Encore un silence. Les yeux de ses amis qui le fixaient réglèrent la question. Comment un vieux guerrier se sent-il en pareil moment ? Il hésite, puis glisse lentement son épée rouillée dans son étui pour la dernière fois. Il pousse un long soupir de résignation… La silhouette solitaire de David, assis, le dos courbé, s'éloigne, tandis que le chariot l'emporte au-delà de l'horizon vers Jérusalem, renvoyé à la maison après son dernier combat, vaincu… David, rentre à la maison et restes-y !
    Un regard dans le miroir confirme leur avis. Ce n'est plus un jeune guerrier roux qui fixe David dans le miroir, mais un homme âgé avec des boucles argentées et des joues ridées. Là où de magnifiques muscles couvraient la poitrine de David, on voit maintenant les côtes, et de la graisse superflue qui pend, au centre. Le guerrier n'existe plus !

    David, la lampe
    Mais attendez ! Notre vieux soldat est-il rentré à la maison pour bouder pendant le restant de ses jours ? Pas notre David. Il songe déjà à des rêves plus grands que jamais. Il aime plus profondément, enrichissant ses relations. Mais le plus important, c'est que dans ses années de vieillesse, David devient de plus en plus vivant pour Dieu. Il prépare la reconstruction du temple, achetant des terres, faisant des plans et formant du personnel. Il forme des musiciens et arrange des psaumes pour le temps où les louanges de Yahvé résonneront jour et nuit dans les parvis du temple.
    Quelques-uns des meilleurs poèmes de David coulent de sa plume pendant les années qui succèdent à sa carrière de guerrier. Sa sagesse augmente. Son intelligence est enrichie par une juste perspective des choses. Il écrira: Les justes fleurissent comme le palmier [...] Ils sont encore féconds dans la vieillesse, Ils sont pleins de sève et verdoyants
    Pourquoi ce vieux guerrier n'a-t-il pas pris sa «retraite» et n'est-il pas resté à rien faire après «les années utiles de sa carrière»... Il est vrai que les hommes de David ont prêté serment en disant: «Tu ne sortiras plus avec nous pour la guerre», mais cela n'était qu'une partie de ce qu'ils ont dit. La deuxième partie de la phrase ajoute: [...] et tu n'éteindras pas la lampe d'Israël (Psaume 92:13-15).


    David n'a pas été renvoyé à la maison parce qu'il n'était plus utile. Les hommes de David l'ont plutôt envoyé à la maison parce qu'au contraire, il était encore utile. Il était trop précieux pour Israël pour risquer sa vie à la guerre. Assurez-vous de bien comprendre cela. David connaissait bien sa propre identité: c'est pourquoi il n'a pas dépéri et n'est pas tombé dans l'oubli. Il ne se définissait pas comme «guerrier». Servir dans l'armée était quelque chose qu'il avait fait pendant une certaine période de sa vie, mais ce n'était pas ce qu'il était. David voyait plutôt sa véritable identité comme faisant de lui la «lampe d'Israël». C'est cela qu'il était.

    C'était un homme selon le coeur de Dieu, qui non seulement a éclairé Israël, quand il vivait dans la chair, il y a bien longtemps, mais qui est aussi devenu une «lampe» pour tous les hommes, partout, à travers les âges. Quand les coeurs aspirent à la consolation, et que les yeux désirent voir, vers quelles pages de la Bible les enfants de Dieu se tournent-ils depuis des siècles ? Lisent-ils les légendes de guerre du «guerrier»? Non: Ils lisent et méditent les poèmes et les cantiques rayonnants de la «lampe d'Israël». Et ils continuent encore de le faire.

    Il faut faire remarquer, et c'est tout à l'honneur des hommes de David, que ces derniers ont vu que le véritable coeur du royaume était un coeur spirituel. Ils estimaient la personne de David plus que ses prouesses, ses ressources spirituelles plus que sa force physique. Ils comprenaient clairement que l'espoir d'Israël dépendait de la lampe spirituelle qui brûlait en son coeur, et non de ceux qui brandissaient l'épée à ses frontières. En conséquence, David a vieilli avec grâce, et le royaume est resté sur la bonne voie.

    Aujourd'hui
    Dans la culture occidentale du X X ème siècle, le système des valeurs a été inversé.
    Nous sommes la société de l'information, où progrès est synonyme de productivité. La productivité nécessite de la puissance, c'est pourquoi nous plaçons notre priorité sur la jeunesse, l'énergie, les apparences et l'ambition - en un mot, le contraire de ce qui se faisait au temps de David et de ses hommes. Tout cela déshumanise les plus vieux. Certaines personnes âgées s'accrochent désespérément à des positions de jeunes, perdant finalement leur emprise et leur dignité. D'autres prennent humblement leur retraite et tombent dans l'oubli.
    Le pire, c'est que l'église suit la même tendance. Une communauté de foi captive d'une culture est une tragédie encore plus grande. Nos adjectifs religieux nous trahissent: dynamique, déterminé, énergique, actif, prospère. Ces objectifs décrivent des ministres du culte et des églises.
    Cela signifie, bien entendu, que les églises aussi placent la priorité sur la jeunesse. Nous voulons des guerriers, pas des lampes.


    Quand la vigueur de la jeunesse faiblit, nous mettons de côté les vieilles lampes, et l'on assiste ensuite aux tragédies suivantes:
    Premièrement, le corps organique de Christ devient souvent tordu, jusqu'à ressembler à une corporation.
    Deuxièmement, on laisse les personnes âgées assises à attendre - pour rien.
    Troisièmement, c'est l'aspect le plus tragique, la communauté des croyants tente d'opérer avec le «bras de la chair» et oublie ses ressources les plus précieuses.

    Cependant, du point de vue de Dieu, seul l'âge peut engendrer les valeurs réelles. L'énergie de la jeunesse produit, c'est certain, mais elle produit des choses superficielles. Il nous faut redécouvrir 1a différence entre une lampe et un guerrier.
    L’Église n'est pas une société conçue pour produire, créant des carrières et consommant l'énergie de la jeunesse. L’Église est plutôt une famille qui grandit grâce à des relations enrichissantes. L'Eglise est un corps qui possède des yeux, un cœur et un esprit. L’Église n'a pas autant besoin d'être remontée qu'elle l'a de voir ses ténèbres illuminées par les lampes d'Israël.


    L'âge peut être riche de ressources spirituelles. Le temps donne une juste perspective des choses. David y fait allusion: «J'ai été jeune, j'ai vieilli [...]» (Psaumes 37.25). Les années engendrent l'expérience, tandis que les impasses sont contrôlées, les tentations vaincues et les compétences acquises.
    Avec l'âge, les croyants sérieux deviennent de précieux mentors. Les jeunes croyants, tentés d'abandonner, peuvent lever les yeux et voir, devant eux, sur le chemin, une tête grise qui a éprouvé infiniment plus de douleur, de découragement et de tentations que les jeunes, mais qui croit encore, qui progresse encore vers Dieu.
    Ceux qui sont avancés en âge fournissent les riches souvenirs qui sont les racines des rêves. Bien entendu.
    «Chez les vieillards se trouve la sagesse, et dans une longue vie l'intelligence» (Job 12.12).
    Sans les lampes d'Israël au coeur du royaume, les guerriers qui veillent aux frontières peuvent continuer de manier leurs épées pendant un bout de temps, mais avec de moins en moins de résultats.

    Accorder du prix à la profondeur spirituelle. Le message le plus direct pour ceux qui sont jeunes est celui-ci: prisez la profondeur spirituelle plus que l'énergie.
    Recherchez les personnes âgées qui sont radieuses et frayez-vous un chemin jusqu'à leur porte. Posez-leur beaucoup de questions au sujet des mystères de la vie. Ecoutez-les attentivement, et pas seulement par simple politesse.
    Les jeunes peuvent également vouloir réorganiser la structure même de l'Eglise et de la société. Créez des structures qui bénéficient des ressources du troisième âge au lieu de les mettre de coté… De nombreux géants spirituels, se retirent de la direction de l'église lorsqu'ils sont plus âgés parce qu'ils n'ont pas l'énergie d'assister à
    une centaine de réunions par an.

    Qu'est-ce que cela peut bien vouloir dire ?… Je rêve d'une sorte particulière de parc d'agrément, sous un atrium, avec des alcôves, des chaises et des tables. Les personnes âgées et les jeunes s'y rencontrent. A toute heure du jour, les personnes âgées sont accessibles aux plus jeunes qui affluent, remplis d'énergie mais ayant besoin de ressources spirituelles. En baignant dans la lumière des personnes âgées, les jeunes parlent travail, mariage, enfants. Ils trouvent de la sagesse à propos des chagrins, de l'argent, du sexe. Ils viennent en quête de ressources pour affronter la tentation, la solitude, la souffrance. Les jeunes veulent entendre les croyants chevronnés parler de la mort, du ciel, du doute. Une chose de ce genre pourrait à nouveau remettre notre culture d'aplomb.

    Votre véritable valeur: Le message sans équivoque qu'il faut adresser aux plus âgés est celui-ci: croyez ce que dit la Parole concernant votre valeur aux yeux de ceux d'entre nous qui sont plus jeunes. Nous avons besoin de l'énergie de vos esprits là où l'énergie physique de notre jeunesse est inadéquate. Vos nombreuses années de vie sont trop précieuses pour être gaspillées, mes amis. Ne vous accrochez pas à la jeunesse et ne pleurez pas l'énergie perdue. Rentrez chez vous, ne faites plus la guerre, mais faites quelque chose de bien plus important que le travail de guerrier. Soyez une lampe en Israël.

    … vous n'avez pas le droit de priver la famille de Dieu de vos ressources spirituelles. Nous avons besoin de vous…. Abraham a quitté Ur à l'âge de soixante-dix ans. Aaron avait quatre-vingt-trois ans quand lui et son frère Moïse, lui-même âgé de quatre-vingts ans, ont quitté l'Egypte. A l'âge de quatre vingt-sept ans, Toscanini dirigeait toujours un orchestre symphonique. Edison était encore très occupé, dans son laboratoire, à l'âge de quatre-vingt-trois ans. Benjamin Franklin gouvernait l'Etat de Pennsylvanie à l'âge de soixante-dix-neuf ans. Winston Churchill dirigeait la Grande-Bretagne à soixante-seize ans. Albert Schweitzer était encore actif comme médecin-missionnaire à quatre-vingt-dix ans. Jomo Kenyata a fait du Kenya une nation africaine remarquable alors qu'il était président, à l'âge de quatre-vingts ans.
    Laura lngalls Wilder a écrit la plupart des histoires de la série télévisée La petite maison dans la prairie entre soixante dix et quatre-vingt-dix ans. Cecil B. de Mille a produit le film Les dix commandements à l'âge de soixante-quinze ans. Anna Mary Moses a décidé à soixante-seize ans qu'elle en avait assez de tricoter et elle a commencé à peindre. Après cela, «Grand'ma Moses» a produit plus de mille peintures. Michel-Ange a décoré la basilique Saint-Pierre de Rome lorsqu'il avait plus de soixante-dix ans. C'est après quatre-vingts ans que George Burns a vécu ses meilleures années.
    Bien que certaines de ces réalisations aient exigé énormément d'énergie physique, il ne fait aucun doute que les trésors les plus précieux de la vieillesse sont des ressources spirituelles, qui ne se manifestent que dans les années tardives de la vie, alors que le niveau d'énergie de l'être humain a considérablement baissé.


    Une plus grande valeur
    Rappelez-vous que David n'a pas été renvoyé à la maison parce qu'il n'était plus utile, mais parce que sa qualité d'homme de Dieu et de lampe d'Israel était bien plus importante et permanente que son rôle de guerrier sur le champ de bataille.
    Dans une ancienne légende taoïste, un charpentier et son apprenti regardaient un jour un chêne énorme qui était très vieux et très noueux.
    « Le charpentier dit à son apprenti: «Sais-tu pourquoi cet arbre est si gros et si vieux?"
    L'apprenti répondit: «Non. Pourquoi?»
    Le charpentier répliqua: «Parce qu'il est inutile. S'il était utile, on l'aurait abattu, scié et utilisé pour en faire des lits, des tables et des chaises. Mais parce qu'il est inutile, on l'a laissé grandir. Voilà pourquoi il est maintenant si gros que tu peux te reposer à son ombre.»

    C'est en tant qu'arbres que les arbres sont les plus utiles et les plus beaux, non en tant que meubles.
    A tous ceux qui ont vécu passablement longtemps, plus longtemps que la plupart d'entre nous, je dis: nous avons besoin de vous désespérément.

    Nous avons besoin de nous asseoir sous votre ombrage. Nous avons besoin de vous comme lampes.
    Approchez-vous de ce que d'autres pourraient appeler vos «années de déclin»?

    RAPPELEZ-VOUS:
    Dieu a un but particulier pour vous, quel que soit votre âge, et il comblera vos besoins pour réaliser ce but.

    D'après le livre : «Le courage de continuer» de Lynn Anderson